jeudi 6 juillet 2017

Petit Pays

Auteur : Gaël Faye
Editions : Grasset
Genre : Roman
Date de sortie : août 2016
Nombre de pages : 224

Quatrième de couverture
« Au temps d’avant, avant tout ça, avant ce que je vais raconter et le reste, c’était le bonheur, la vie sans se l’expliquer. Si l’on me demandait "Comment ça va ?" je répondais toujours "Ça va !". Du tac au tac. Le bonheur, ça t’évite de réfléchir. C’est par la suite que je me suis mis à considérer la question. A esquiver, à opiner vaguement du chef. D’ailleurs, tout le pays s’y était mis. Les gens ne répondaient plus que par "Ça va un peu". Parce que la vie ne pouvait plus aller complètement bien après tout ce qui nous était arrivé. »                                                                                                                                                                                                        G.F.
     Avant, Gabriel faisait les quatre cents coups avec ses copains dans leur coin de paradis. Et puis l’harmonie familiale s’est disloquée en même temps que son « petit pays », le Burundi, ce bout d’Afrique centrale brutalement malmené par l’Histoire.
     Plus tard, Gabriel fait revivre un monde à jamais perdu. Les battements de cœur et les souffles coupés. Les pensées profondes et les rires déployés, le parfum de citronnelle, les termites les jours d’orage, les jacarandas en fleur… L’enfance, son infinie douceur, ses douleurs qui ne nous quittent jamais.
Mon avis


En le voyant à la Bibliothèque près de chez moi et parce que le titre me disait vaguement quelque chose, j’ai décidé de tenter le coup en ne sachant absolument pas de quoi il parlait. Au final, c’est une très bonne surprise.

Ce n’était pas le cas pour moi mais le nom de Gaël Faye vous dit peut-être quelque chose, avant même de connaître son livre, puisque l’auteur est avant tout un rappeur (je dirais même un slameur) dont vous pourrez entendre une de ses musiques à la fin de cette chronique. Petit Pays est son tout premier roman et je dois dire quel talent ! Malgré quelques concordances, l’auteur affirme que son livre n’est pas autobiographique mais s’inspire tout de même des éléments de sa vie avant son arrivée en France.

A la manière de Joseph Joffo dans Un Sac de Billes, on voit la guerre tout dévaster à travers les yeux d’un enfant innocent à qui on impose une identité. Notre héros Gabriel (qui préfère être appelé Gaby) a une mère rwandaise et un père français mais lui ne voit aucune différence et « aime » tout le monde. Il voit ses parents se déchirer et assiste bien malgré lui au Génocide du Rwanda et au début de la guerre au Burundi. Ce livre nous montre aussi que les hommes ont tendance parfois à oublier qu’il y a eu d’autres guerres qui ont fait des milliers voire des millions de victimes, il nous permet alors d’en apprendre davantage sur la situation en Afrique. On comprend davantage que la guerre peut se propager à tout moment et sans réelle raison valable. C’est extrêmement effrayant.

Ce livre, c’est l’histoire d’une enfance désabusée qui se voudrait privilégiée d’un enfant qui repousse autant qu’il peut la guerre dans son foyer et dans son « impasse » jusqu’à ce qu’elle s’impose d’elle-même sans demander son reste. C’est un livre très poignant parce que notre narrateur Gabriel perd son innocence dans une guerre qui n’est pas la sienne et qui entraîne toute sa famille et ses meilleurs copains. Dans ses lettres à sa correspondante (et selon lui, future fiancée) Laure, le petit garçon a bien conscience de lui-même. Justement il n’est qu’un petit garçon qui voudrait jouer éternellement à des jeux d’enfants mais son entourage et surtout ses copains jouent déjà à des jeux de guerre. La violence et la guerre arrivent dans sa vie contre son gré, et il perd toute innocence quand lui Gaby, petite victime parmi tant d’autres, devient bourreau sous la menace de jeunes de son âge. C’est une partie terrible du récit. On se rend compte au fil de la lecture de cette œuvre que chaque élément parfois insignifiant est important. Ainsi, la disparition du briquet Zippo du vieux Jacques aboutira à un acte criminel, les maillots de foot du cousin de Gaby, Christian joueront un rôle pour reconnaître le petit garçon, le télescope de Madame Economopoulos qui disparaît et réapparaît et la disparition du cheval qui aboutit à une scène ATROCE où des enfants se vengent sur son corps encore vivant.

En ce qui concerne la mère de Gaby, l’auteur aurait pu faire un livre entier sur elle. Sur beaucoup de choses, elle reste une énigme tandis que sur d’autres évènements, on ne peut que la comprendre. La première question que l’on se pose est : A-t-elle vraiment choisi de s’éloigner de ses enfants au moment de la séparation avec le père ou lui a-t-il imposé ? Parce que Gaby est persuadé que sa mère les a, en quelque sorte, abandonné mais est-ce vrai !? Quand elle retourne dans sa famille pour chercher ses proches au moment du massacre, ô combien le traumatisme a dû être fort pour qu’elle confonde la réalité avec le passé et qu’elle en vienne à complètement oublier ses propres enfants. En cela, la fin déchire le cœur. Quand Gaby retrouve sa mère après toutes ses années, il découvre qu’elle est restée dans les vestiges d’une famille morte. Vous ne pouvez pas lire ce passage sans pleurer.

Malgré des situations très dures, on assiste au cours de notre lecture à des petites pépites rafraîchissantes comme l’histoire de la circoncision des jumeaux et copains vivant dans la même impasse que Gaby. C’est une histoire surréaliste dans tout ce récit mais elle apporte une bonne pointe d’humour malgré la souffrance des deux garçons. Et parfois on écarquille les yeux d’étonnement comme lorsque le père et Ana la sœur de Gaby sont tranquillement en train de rire devant les dessins animés alors que c’est la guerre à l’extérieur de leur maison et même à l’intérieur. Le dernier élément qui me stupéfait, c’est que Francis la petite brute de la bande, qui a entraîné les autres dans tout ce que Gaby ne voulait pas, soit devenu prêtre…


La gentille Madame Economopoulos pousse notre jeune narrateur à son éveil littéraire, elle découvre en lui un jeune passionné de lecture et prend un grand plaisir à faire son éducation. Après son premier livre, Gaby comprend rapidement que les livres vont devenir un véritable refuge pour lui alors que tout le monde s’est tourné vers la guerre. C’est son seul moyen de s’inventer une autre vie que la sienne et de se plonger dans son propre imaginaire. D’ailleurs, j’adore la mienne dont Mme Economopoulos lui explique ce qu’elle ressent vis-à-vis des livres. (Vous pouvez voir la citation en fin de chronique).

Ce premier roman de Gaël Faye est un petit coup de cœur, il est extrêmement touchant et tellement triste mais justifie complètement les prix qu’il a pu recevoir, dont le Prix Goncourt des Lycéens 2016 ou encore le Prix du Premier Roman.


Comme je le disais, Gaël Faye est aussi connu pour ses chansons. J’en ai écouté quelques-unes et une d’entre elles tombe sous le sens puisqu’elle se nomme « Petit Pays », du même nom que son œuvre. Je vous conseille vivement de l’écouter.


« - Vous avez lu tous ces livres ? j’ai demandé. 
- Oui. Certains plusieurs fois, même. Ce sont les grands amours de ma vie. Ils me font rire, pleurer, douter, réfléchir. Ils me permettent de m’échapper. Ils m’ont changée, ont fait de moi une autre personne. 
- Un livre peut nous changer ? 
- Bien sûr, un livre peut te changer ! Et même changer ta vie. Comme un coup de foudre. Et on ne peut pas savoir quand la rencontre aura lieu. Il faut se méfier des livres, ce sont des génies endormis. »



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