samedi 9 septembre 2017

Au revoir là-haut

Auteur : Pierre Lemaitre
Editions : Albin Michel
Genre : Roman « historique »
Date de sortie : août 2013
Nombre de pages : 574

Quatrième de couverture
« Pour le commerce, la guerre présente beaucoup d’avantages, même après. »
   Sur les ruines du plus grand carnage du XXe siècle, deux rescapés des tranchées, passablement abîmés, prennent leur revanche en réalisant une escroquerie aussi spectaculaire qu’amorale. Des sentiers de la gloire à la subversion de la patrie victorieuse, ils vont découvrir que la France ne plaisante pas avec ses morts…
   Fresque d’une rare cruauté, remarquable par son architecture et sa puissance d’évocation, Au revoir là-haut est le grand roman de l’après-guerre de 14, de l’illusion de l’armistice, de l’État qui glorifie ses disparus et se débarrasse de vivants trop encombrants, de l’abomination érigée en vertu.
   Dans l’atmosphère crépusculaire des lendemains qui déchantent, peuplée de misérables pantins et de lâches reçus en héros, Pierre Lemaitre compose la grande tragédie de cette génération perdue avec un talent et une maîtrise impressionnants.
Mon avis


Après l’excellent Trois jours et une vie, j’ai voulu lire un autre roman de Pierre Lemaitre, j’avais d’abord emprunté Au revoir là-haut à la bibliothèque puis j’ai fini par l’acheter sur une brocante pour être sûre de pouvoir prendre mon temps. C’est à peu près à ce moment-là que j’ai appris qu’une adaptation allait sortir en fin d’année donc j’étais d’autant plus excitée !

Pierre Lemaitre a le don de nous embarquer dans ses histoires où il ne se passe pas toujours grand-chose mais où on est tout de même tenu en haleine et c’est encore une fois le cas avec ce roman grâce auquel il a remporté le prestigieux Prix Goncourt. Pour être honnête, les vainqueurs de ce fameux prix m’angoissent un peu parce que je m’attends à quelque chose d’ennuyeux ou de vraiment trop incompréhensible pour moi… J’ai toujours cette petite appréhension devant ces livres mais Pierre Lemaitre vient de me prouver le contraire.

L’auteur nous intrigue et nous mène à travers une vie d’après-guerre difficile pour les soldats qui ne sont pas morts en héros pendant la guerre mais ont survécu et doivent reprendre une existence « normale ». Il ne passe pas par quatre chemins pour nous faire comprendre que ses soldats sont devenus un véritable poids pour l’État, encore plus pour ceux qui ne sont pas revenus mutilés et qui osent demander une indemnisation pour avoir servi la France alors que le gouvernement préfère donner son argent pour des monuments aux morts. Vous n’imaginez pas comment ces passages m’ont quelque peu choqué et révolté ! Pierre Lemaitre nous expose vraiment la condition des soldats, des poilus d’après-guerre dont leurs supérieurs et le gouvernement ne savent plus quoi faire, qui touchent une misère après s’être battus pour la France. On en a conscience mais c’est toujours plus compliqué de se retrouver devant le fait accompli.

D’autres réalités d’après-guerre viennent s’accumuler à ce constat déjà honteux, particulièrement celle des exhumations clandestines. Je comprends que certaines familles voulaient récupérer les corps de leur proche mais que certains en profitent, c’est tout autre chose… Vous allez me dire qu’il ne faut pas croire tout ce qu’on lit dans les livres… Mais à la fin de son livre, Pierre Lemaitre nous informe que l’arnaque aux monuments aux morts vient de son imagination alors que le fait que certains corps ne soient pas les bons ou totalement inexistants dans les cercueils voire « cassés » pour rentrer dans une boîte, est un élément qu’il n’a pas inventé. Au final, y a-t-il vraiment quelqu’un dans ces cercueils et si oui, qui s’y trouvent réellement ? Cette réflexion est hallucinante ! Je vous mets le lien de la thèse de Béatrix Pau intitulée « La violation des sépultures militaires, 1919-1920 » qui est très intéressante à lire.

On est révoltés par les actions de Maillard et de Péricourt mais ils n’en restent pas moins des personnages terriblement émouvants à cause de leur destin. Ils nous choquent tout en nous faisant rire. Le personnage d’Albert Maillard, sa paranoïa et ses inquiétudes me font vraiment de la peine mais il est rendu encore plus attachant par tout ce qu’il traverse et en surmontant tous les obstacles, on croit à un destin meilleur pour lui. Quant à Edouard, on le comprend puis il devient tout à coup inaccessible mais c’est le pouvoir de l’auteur que le lecteur ne sache plus sur quel pied danser avec ce personnage, voire jusqu’à nous sentir mal à l’aise. La description de sa « gueule cassée » est aussi particulièrement difficile à lire…

La force de ce roman est de parler d’un sujet grave avec beaucoup d’ironie et surtout de mettre en avant une écriture d’une grande modernité. En plus de cela, les « pensées » du narrateur et des personnages sont placées telles quelles sans guillemets dans le texte (c’est du discours indirect libre il me semble… mais j’ai un doute), ce qui apporte une liberté de lecture vraiment géniale à l’œuvre. Je me suis très bien imaginée le narrateur ou Pierre Lemaitre en train d’écrire cette histoire et se dire « Merde, ils sont vraiment dégueulasses ces putains d’opportunistes », (tout en gardant les insultes dans le roman) mais ce n’est qu’un exemple.

Je m’attendais à une toute autre fin mais c’est ce qui rend le livre encore plus incroyable parce qu’on sait qu’il va se passer quelque chose, forcément, mais on est surpris par ce quelque chose qui coupe net toutes nos perspectives.


Ce livre est un grand coup de cœur ! Pierre Lemaitre mérite amplement son Prix Goncourt et me donne encore une fois envie de lire d’autres de ses œuvres.


🎭

Titre original : Au Revoir Là-Haut
Réalisation : Albert Dupontel
Année : 2017
Durée : 1h57

Mon analyse


J’ai eu la chance de voir le film en avant-première en présence d’Albert Dupontel à Compiègne, ville que l’on retrouve mentionnée dans le livre. Après nous avoir bien charriés sur le fait de venir du fin fond de l’Oise, il nous a raconté beaucoup de choses sur son film et c’était génial !

Albert Dupontel est connu pour être un acteur ainsi qu’un réalisateur, dans Au Revoir Là-Haut, il tient les deux rôles et nous offre un très beau film et une belle interprétation du soldat Maillard.

Majoritairement, il n’y a que quelques petits détails et toute la fin (dont je parlerais dans un encadré spécial pour ceux qui n’ont ni lu le livre ni vu le film, à la fin de ma chronique) qui diffèrent du livre de Pierre Lemaitre. Toutefois, ce sont des différences qui pourraient être qualifiées d’améliorations pour la majorité. Ainsi, le « rachat » de la petite Louise apporte un aspect familial au duo Albert-Edouard, quand Edouard découvre que sa sœur s’est mariée avec Pradelle, cela apporte une vengeance qu’on attend terriblement dans le roman ou encore le premier refus de Pauline envers Albert donne des retrouvailles encore plus émouvantes. Ce sont plein de petits détails qui amènent une profondeur supplémentaire à l’histoire de nos protagonistes.

Le véritable héros de ce film n’est plus Albert Maillard mais bien son camarade Edouard Péricourt interprété par Nahuel Pérez Biscayart. L’acteur y est époustouflant par son interprétation de différents personnages grâce au port de sublimes masques, en effet, chaque masque (impressionnants de beauté) nous donne l’impression d’être face à toute une panoplie de personnes dont Nahuel Pérez Biscayart adapte tous ses gestes et son comportement. C’est vraiment remarquable ! En ce qui concerne le personnage d’Edouard Péricourt en lui-même, il se montre très égoïste vis-à-vis de son camarade Albert, beaucoup plus que dans le livre où il a au moins la décence de ne rien dire alors qu’ici, il le pousse à trouver de l’argent à tout prix et à se débrouiller. Il est aussi beaucoup moins solitaire et organise une grande (et folle) fête avec des riches dandys de Paris. Plein de petits détails montrent qu’il est bien plus impliqué dans la vie de sa famille et dans la vie en général comparé au livre. Pour ce qui est du reste, on ne connaît pas la psychologie des personnages secondaires et d’ailleurs, il en manque pas mal. Mais cela ne gêne en rien le fil de l’histoire.

C’est une très bonne adaptation du roman de Pierre Lemaitre et un très beau film ! Je ne vous cache pas qu’il vous tire les larmes et qu’il est très touchant. Certains personnages sont moins exploités tandis que d’autres sont poussés à « l’extrême » mais il n’en reste pas moins que l’on découvre l’œuvre de Lemaitre sous une autre facette.



[ATTENTION SPOILERS ! Je vous parlais de cette fin qui n’est pas la même que dans le livre et tant mieux ! On est un peu frustré par celle de Pierre Lemaitre qui ne nous permet de voir réuni une dernière fois le père et le fils alors que pour celle d’Albert Dupontel, c’est tout le contraire. On assiste avec BEAUCOUP d’émotions aux retrouvailles d’un père qui a eu du mal à admettre l’ « excentricité » et la mort de son fils et d’un fils qui a toujours cherché à « combattre » son père. Quand ils se retrouvent pour la dernière fois, c’est difficile et tellement émouvant mais ils se pardonnent tout ! Je préfère cette fin à celle du roman de Pierre Lemaitre. Quant à la mort de Pradelle enseveli, c’est comme une boucle qui se boucle pour Albert.]

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